Biographie

Odilon Redon, peintre, lithographe, pastelliste, aquarelliste et dessinateur

(1840 - 1916)

Odilon Redon

ルドン・ オディロン

1840

Naissance de Bertrand-Jean Redon, dit Odilon, le 20 avril à Bordeaux, au 24 rue Neuve Saint-Seurin (Aujourd’hui, le 31, rue Fernand-Marin). Second fils de Bertrand Redon et de Marie Guérin. Bertrand Redon, bordelais de naissance était parti chercher fortune en Louisiane. Son père épousa sa mère aux Amériques et revint en France, cinq ou six ans plus tard alors qu'Odilon était "déjà conçu, et presque à naître, second fruit de son union". Ce voyage va considérablement influencer Odilon Redon, l'artiste spirituellement appatride. Le motif récurrent de la barque dans son œuvre est aussi à expliquer dans cette genèse.

La famille déménagera peu après la naissance d’Odilon pour emménager au 26 des allées Damour (cette maison a aujourd’hui disparu). Redon écrivait "Allées d'Amour".

1841-1850

D'une nature fragile, il est confié à une nourrice à la campagne puis le jeune Odilon est confié à son oncle et passe son enfance dans le domaine familial de Peyrelebade, près de Listrac dans le Médoc. Le domaine est un " cru bourgeois " dont les vignes qui jouxtent le célèbre Château Clarke produisaient un excellent vin rouge. Peyrelebade est à l’origine d’une partie importante de l’œuvre d’Odilon Redon. C’est là, " en plein isolement de la campagne " que les fusains verront le jour. L’ambiance de cette terre natale médocienne pleine de clairs obscurs et de nuances a éveillé ces mondes étranges et ces rêveries fantasmagoriques qui seront présents toute sa vie dans son œuvre. Les arbres et les personnages jaillissent du tendre et humide mucilage formé par la terre que Joris-Karl Huysmans décrira plus tard à sa manière. Odilon observe, respire et s'imprègne de ce pays.

La ligne d'horizon fascine l'artiste. Il donne une âme à ces paysages sauvages et désertiques. Dans une campagne battue par les vents, cette ligne d'horizon donne une stabilité à ses compositions. Odilon observe cette nature avec son esprit solitaire.Il peint les rochers menaçants et durs, les troncs d'arbres apportent une référence au réel. Odilon peindra souvent de mémoire, de retour à son atelier, les poches remplies de feuillets de ses carnets de dessins déchirés.

1851

Scolarité en externat dans une pension de Bordeaux. Il obtiendra un prix de dessin "avant même que de savoir lire".

1852

Odilon Redon fait sa première communion à l'Eglise Saint-Seurin de Bordeaux.

1855

Leçons de dessin avec son premier maître, Stanislas Gorin, élève d’Eugène Isabey et d’Héroult, spécialisé dans l’aquarelle. Gorin encouragea Odilon à copier et à décomposer les " toiles exaltée et passionnées de Delacroix " exposées au Musée de Bordeaux. De même Gorin lui fera découvrir les œuvres de Millet, Corot et de Gustave Moreau. Il dira de Gorin : " c'est avec lui que j'ai connu la loi essentielle de création... cet organisme d'art qui ne peut être appris par règles ni formules...".

1857

Études d’architecture pour plaire à son père. Il travaillera quelques temps sous la conduite d'un architecte, mais il échoue à l'examen oral du concours d'entrée. Il gardera de ces études une précision rigoureuse dans ses dessins du vieux Bordeaux ainsi qu’une certaine prédilection pour les formes géométriques. "J'ai plus aisément rapproché l'invraisemblable du vraisemblable, et j'ai pu donner de la logique visuelle aux éléments imaginaires que j'entrevoyais". Il devient un virtuose du violon.

Il se lie d’amitié avec le botaniste Armand Clavaud qui l’initie aux sciences et à la littérature. Il se passionne pour les thèses évolutionnistes du naturaliste Lamarck et de Darwin sur le problème des origines, ainsi qu’aux recherches de Pasteur sur les microbes qu'il découvre par le truchement du microscope. Odilon Redon s’initie aussi avec Clavaud aux épopées hindoues. Agé, Redon dira de son mentor : "je voudrais maintenant lui donner ma pensée résolue, et plus sûre qu'autrefois. Il ne connut de moi que la sensibilité d'un être flottant, contemplatif, tout enveloppé de ses rêves".

Il lit pour la première fois, " les Fleurs du Mal " de Baudelaire, qui lui inspireront entre autres le thème de l’Ange Déchu.

1860-1861

Participation aux expositions de la société des Amis des Arts de Bordeaux où il expose des paysages aquarellés fortement inspirés par les œuvres de Gorin qui lui vaudront des critiques cinglantes.

Voyage dans les Pyrénées à Uhart chez son ami Henri Berdoly, et en Espagne.

1860-1861

Création de Roland à Roncevaux, une des toute première peinture connue de l’artiste.

1863

À Bordeaux, Rodolphe Bresdin devient son ami et l’initie à l’eau-forte et à la lithographie. Bresdin fascine Odilon Redon et une relation maître à élève naît. Odilon Redon apprécie la troublante poésie des œuvres visionnaires de Bresdin et par la miraculeuse et instinctive faculté qui était sienne de " surélever l’esprit dans la région du mystère ".

1864

Il fait de la sculpture à Bordeaux. À Paris, il entre à l’atelier libre du peintre académique Léon Gérome à "l'Ecole dite des Beaux-Arts". Mais l'incompatibilité entre le maître et l'élève rendent cette période douloureuse. "Je fus torturé par le professeur... Il cherchait visiblement à m'inculquer sa propre manière de voir... ou à me dégoûter de l'art même..."

1865

Il commence une série de onze eau-fortes en collaboration et sous la direction technique de Bresdin. Elles seront tirées jusqu’en 1866 chez Delâtre, l’imprimeur attitré de la société des Aquafortistes. "Le Gué". L’influence de Delacroix et de Dauzat est très présente dans ce style orientaliste romantique qu’Odilon a adopté pour cette série d’eau-fortes. Il adopte les caractères techniques de Bresdin dans ses eaux-fortes : petits formats, taille menue, densité des volumes, compositions très précises et riches. Il introduit aussi le fameux clair-obscur de Rembrandt. Redon s’inspirant de Delacroix et de ses scènes de bataille intenses peint " les Croisés près de la Mer " qui sera repris en 1867 dans une toile redécouverte après sa mort et vendu à Frizeau par Ary Leblond, " Les Croisés ". Personnellement, Redon n'a connu Eugène Delacroix seulement de vue, il lui est arrivé de le rencontrer quelquefois, notamment un soir au bal de l'Hôtel de Ville.

1866

Odilon Redon présente une suite de sept eau-fortes, dessins et fusain gratifiés d’un " coup d’œil de satisfaction " par la critique bordelaise.

1867

"Roland à Roncevaux" est reçu par le Salon mais Redon ne l'expose pas.

1868

Il rédige des comptes-rendus du Salon parisien de 1868 pour le journal " La Gironde ". Odilon Redon condamne dans ses articles le surréalisme des peintres " locaux ". Pendant l’été, il séjourne à Barbizon où il rencontre Corot. Il encourage la municipalité de Bordeaux à acheter une série représentative de l’œuvre de Bresdin.

1870

" Roland à Roncevaux " présentée au 19ème salon des Arts. À la demande de son ami, l’architecte Carré, il peint une grande fresque murale dans une chapelle d’Arras. Pendant la guerre, Odilon Redon comme simple soldat, participe aux combats sur la Loire. Après la guerre, il s’installe à Paris dans le quartier de Montparnasse. L’été, Odilon retourne fréquemment dans la propriété familiale de Peyrelebade. La plupart de ses fusains seront conçus cette année. Il séjourne à l’automne en Bretagne. " Pégase ", " L’Ange déchu ". À partir de 1870, Odilon incline vers des développements cosmogoniques de ses œuvres où les éléments organiques sont remplacés par des éléments géométriques. Premier séjour en Bretagne.

1872

Odilon Redon fréquente le salon littéraire et musical de Madame Rayssac et y rencontre Fantin-latour et Chevanard ainsi que le musicien Ernest Chausson et le poète Janmot. " L’homme ailé ", " Tête d’Enfant d’après Léonard de Vinci " (" Saint-Jean Baptiste de la Vierge aux Rochers ").

1873

Odilon Redon travaille dans un atelier au 81, boulevard Montparnasse. Il y travaillera jusqu'en 1877.

1874

Son père décède et laisse sa famille démunie.

1875

Au printemps, Odilon Redon étudie les arbres et les sous-bois à Barbizon. Au mois de juillet, il se rend en Bretagne. De 1875 à 1880, c’est la " période la plus angoissée " de ses " Noirs ". Le thème du Prisonnier est souvent décrit dans ses œuvres, apparaissant tantôt derrière les barreaux d’une fenêtre ou isolé dans le cauchemar d’une rêverie solitaire ou d’une hallucination démoniaque obsédante.

1876

Redon se passionne pour la lithographie et veut réaliser une suite de planches inspirées par Pascal, qu’il affectionne. Le projet n’aboutira pas.

1878

Premier voyage en Belgique et en Hollande où il découvre et admire l’œuvre des Ecoles flamande et de Rembrandt. " Rembrandt me donna des surprises d’art toujours nouvelles. Il est le grand facteur humain de l’infini de nos extases, il a donné la vie morale à l’ombre. Il a créé le clair-obscur comme Phidias la ligne. Et tous les mystères que comporte la plastique n’est désormais possible que par lui, pour le nouveau cycle d’art qu’il a ouvert hors de la raison païenne ". Séjour à Uhart. Fantin-Latour initie Redon à la technique du papier report. "Œil-Ballon"

1879

Premier album lithographique d’Odilon Redon influencé par Fantin-Latour : "Dans le Rêve", un album de dix planches " recueil de quelques pièces anciennes variées, mais dans lequel, prenant goût au procédé nouveau ", Redon a fait de la " lithographie de jet" . Il se montre précurseur de la psychanalyse et cherche à travers le rêve, la descente dans l’inconscient qui lui permet de forer la source de l’inspiration et de décrire son " atmosphère personnelle ". Redon commence à aborder le thème de l’œuf primordiale, de la spore originale : l’Hiranyagarbha, symbole de l’Esprit Universel chez les hindous.

1880

Le 1er mai, Odilon Redon épouse Camille Falte, jeune créole de l’île Bourbon rencontrée dans le salon de Madame de Rayssac. Le voyage de noce a lieu en Bretagne et Odilon Redon fait ses premiers pastels. Redon est charmé par la jeune fille et elle admire " Le Rêveur ". Le couple sera heureux et Camille s’occupera des marchands et de la presse. Contacts privilégiés avec de jeunes symbolistes belges. "J'ai trouvé dans Madame Redon, comme un fils sacré, la barque de vie, qui m'a fair passer, sans mourrir, les heures les plus tragiques mais occultes de mon drame familial... "

1881

Exposition de ses fusains à La Vie Moderne : l’accueil y est très réservé. Odilon s’inspire de la peinture de Gustave Moreau pour son cycle d’Orphée. Il réalise la première version de son araignée au fusain, cet hybride d’insecte et d’humain représente la nature manipulée et dosée par l’homme et la science. "Vision"

1882

Deuxième exposition de ses " Noirs " au Gaulois à Paris. Parution de son deuxième album : A Edgar Poe, véritable hommage au poète dans une série de six lithographies. Edgar Poe était à l’époque traduit par Mallarmé et Hennequin qui traduisit les Contes Grotesques. Odilon Redon se lie d’amitié avec Hennequin et Joris-Karl Huysmans qui lui présente Mallarmé.

1883

Séjours en Bretagne, Les Origines paraissent, imprimées par Lemercier et Cie, Paris. C’est un album de huit lithographies qui retrace dans les formes mystiques de l’imagination des poètes, la venue de l’homme sur terre. Les sept premières planches évoquent la création du monde. L’album ne comporte aucune légende car " le titre était déjà très lourd ". Il présente " Béatrix " (fusain) au Salon.

1884

De jeunes artistes font appels à Odilon Redon pour la création du Premier Salon Libre et il préside la réunion où fût fondée la Société des Artistes Indépendants. Il participera aux deux expositions suivantes. Joris-Karl Huysmans publie A Rebours avec un passage consacré à l’art d’Odilon Redon. Son frère Léo et sa sœur Marie décèdent à peu de temps d’intervalle.

1885

Bresdin meurt. "L’Hommage à Goya", un ensemble de six planches lithographiques paraît chez Dumont, imprimé par Lemercier et Cie à Paris. Il n’y a pas de réel attachement affectif au célèbre peintre espagnol dans cette œuvre, mais elle contribuera à sceller une profonde amitié entre Redon et Mallarmé, le peintre ayant envoyé un exemplaire au poète. Mallarmé et Huysmans ne tariront pas d’articles élogieux et admiratifs à l’égard de cet album.

1886

Naissance de son premier fils, Jean, le 11 mai et qui décédera le 27 novembre, cette expérience douloureuse lui laissera un " mélancolique malaise " et l’enfermera dans une crise mystique qui durera jusqu’à la naissance de son deuxième fils. Huysmans sera présent et entourera le couple blessé. Odilon Redon expose au Salon des XX à Bruxelles avec Gauguin, il y présentera aussi quelques lithographies appartenant à ses amis, le poète Emile Verhaeren et à Jules Destrées. Il collabore à la revue Wagnérienne avec Fantin-Latour. Il publie " La Nuit " et prélude ainsi à l’inquiétude traduite de l’art moderne devant les signes annonciateurs d’une société vouée à sa perte.

Redon était très frappé par la diversité des aptitudes de Gauguin. Un jour que des ouvriers avaient réparé un poêle chez lui, Redon désigna à Ambroise Vollard un morceau de tôle et lui dit : " Donnez-le à Gauguin, il en fera un bijou".

1887

Il présente " Profil de Lumière " (fusain) et rend hommage à son maître par le portrait de Bresdin dédié à " La Vieillesse " au Salon. Odilon Redon se lasse d’exposer à Bordeaux car la Société des Amis des Arts est sclérosée par des amateurs qui lassèrent tous les peintres de l’époque. Il exécute cette année-là une lithographie à 25 exemplaires représentant un portrait de jeune fille. Ce délicat portrait est le premier d’une longue série de profils de femmes. " …Je vois en elles toute la femme sans y trouver une femme, et c’est exquis… ". L’Araignée est transposée en lithographie et tirée à 25 exemplaires. Odilon Redon exécute un frontispice pour une œuvre d’Emile Verhaeven, " Idole ".

Pour le monodrame en cinq actes d’Edmond PICARD, "Le Juré", Odilon Redon compose sept lithographies ainsi qu’un des deux portraits gravés hors-texte, l'autre étant réalisé par Théo van Rysselbergue ; chaque lithographie, tirée sur Japon impérial est protégée par une serpente avec légende imprimée ; typographie en deux couleurs, noir et sépia. Le tirage de cette première édition qui a lieu à Bruxelles est effectué 100 exemplaires sur papier Hollande, quelques exemplaires nominatifs seront aussi tirés.

1888

Première série de lithographies pour la Tentation de Saint-Antoine de Flaubert. Cette série comprend dix lithographies. Le cycle complet comprendra 42 lithographies en trois albums. La plume grandiloquente de Flaubert a été respectée et se trouve être une mine d’inspiration pour Odilon Redon qui y trouve une source de mystères et de nouveaux monstres quasiment intarissable. Formation du mouvement des Nabis qui se réclament de Gauguin et de Redon.

1889

Second album consacré à l’œuvre de Flaubert " La Tentation de Saint Antoine " : A Gustave Flaubert. . Cette série comprend six lithographies. Odilon Redon participe à la première exposition des Peintres-Graveurs chez Duran-Ruel. Il fait la connaissance d’André Mellerio, son futur biographe, qui le présente à Maurice Denis et au groupe des Nabis. Naissance de son fils Arï le 30 avril, Arï né et est baptisé le 4 Août à Samois. Le " Sommeil " où la main obture les yeux, est inspiré de ces vers : " Là-bas au pays noir que nul chemin ne longe, Idole que vois-tu, loin du morne soleil ? " Odilon Redon exécute un frontispice pour les " Débâcles " d’Emile Verhaeven.

1890

Contacts plus étroits avec Gauguin. En février, il expose au salon des XX à Bruxelles invité par les Expressionnistes nordiques. Il abandonne peu à peu les " Noirs " au fusain, au profit de la clarté du pastel et de la peinture, mais sans rupture toutefois. "J'ai fait un art selon moi." Vollard écrira : " Les plus admirables lithos de Redon tirées à vingt-cinq ou trente exemplaires se vendaient sept francs cinquante pièce, elles devaient, dix années durant, ne pas dépasser ce prix."

La fréquentation de coloristes comme Vuillard et Bonnard a contribué. Armand Clavaud se suicide le 1er décembre, Odilon Redon est bouleversé par " l’inexorable ", " … Sa mort me laissa un malaise… ". " Les Yeux clos " démontre que ceux-ci ne savent plus s’ouvrir si ce n’est sur les ténèbres. Cette œuvre sera la première acquisition des musées nationaux. Odilon Redon exécute un frontispice pour les " Flambeaux Noirs " son ami Emile Verhaeven. Il édite en Belgique, les " Fleurs du Mal " composé de neufs planches " d’interprétations ". Chaque illustration demeure fidèle au style baudelairien, mais la technique d’impression a été inventée par Evely et consiste à une reproduction par plaque de cuivre. Il rencontre Vuillard à Villeneuve-Saint-Georges chez les Natanson.

1891

Odilon Redon publie Les Songes, dédié à Armand Clavaud qui avait tant contribué à former sa pensée. Jules Destrée publie le premier catalogue de son œuvre lithographique à Bruxelles. " Le Jour " (Lithographie). Après le départ de Gauguin, Odilon Redon prend une place prépondérante chez les nabis qui fréquentent tous son salon de l’avenue Wagram à Paris. Maurice Denis évoque l’influence de Redon sur son groupe : " Avant l’influence de Cézanne, à travers Gauguin et Bernard, c’est la pensée de Redon, par ses séries de lithographies et ses admirables fusains qui détermina dans un sens spiritualiste l’évolution de l’art en 1890 ".

1892

Roger-Marx analyse la portée du symbolisme d’Odilon Redon dans le journal Voltaire. IVème Exposition des Peintres Graveurs à la galerie Duran-Ruel. "La Cellule d'or", "Saint Jean-Baptiste"

1893

Odilon Redon participe au salon de la Libre Esthétique qui a succédé au salon des XX à Bruxelles. Il y participera jusqu’en 1914. Grâce à André Bonger, l’art de Redon est diffusé en Hollande et connaît une extraordinaire renommée. "La Druidesse"

1894

En avril, Durand-Ruel organise une exposition rétrospective de son œuvre, où sera exposée notamment une lithographie des Yeux Clos (n° 108). Lithographie " Hantise ", le premier état est rarissime car Odilon n’avait pas réussi à le retoucher. Mellerio (1894, Mellerio 1923, n° 128) le décrit : " Odilon Redon avait dessiné une sorte de Marguerite de Faust, marchant comme hypnotisée par Méphisto, qu’on apercevait derrière elle en la poussant en avant ". Dans le second état, complétement modifié, Mephisto est remplacé par " trois larves bizarres ". À partir de cette année, une vague de catholicisme déferle sur la France et Redon en sera quelque peu influencé.

1895

Il confie dans une lettre à Emile Bernard : " …Je délaisse de plus en plus le noir. Entre nous, il m’épuisa beaucoup ". Odilon Redon se lie d’amitié avec Bonnard. Voyage à Londres.

1896

Parution de deux albums lithographiques : " La Maison Hantée " d’après un texte de Bulwer-Lytton et une troisième série sur la Tentation de Saint-Antoine de Flaubert. Cette dernière série d’estampes est la plus importante avec 24 planches où Redon " recherche une simplification dans les jeux de ligne ". Anecdote intéressante, la planche XVII est la seule lithographie de l’œuvre du peintre abordant le thème du Char d’Apollon. Première apparition d’Oannès.

1897

D’avril à Novembre, Odilon Redon séjourne à Peyrelebade avant de vendre le domaine. La vente de domaine familial est une immense douleur pour Odilon. Ni ses frères, ni sa mère n’ont essayé de le préserver. Il rompt définitivement avec sa famille, et s’installe à Saint-Georges-de-Didonne avec sa femme Camille et son fils Arï. Il part en septembre à la Villa Goa, qu’il surnommera la Villa Goya, à Saint-Georges de Didonne, sur l’embouchure de la Gironde, près de Royan et y poursuit son œuvre de paysagiste. Contre toute attente, ce déchirement affectif et la rupture avec sa famille vont l’affranchir, et le libérer de ces « attaches invisibles »…

La Villa Goa est aujourd'hui, l’hôtel du Printemps, au numéro 7, avenue Pelletan, 17110 Saint-Georges-de-Didonne

1898

Exposition chez Ambroise Vollard : un succès.« …En 1898, Odilon Redon décide de louer pour ses vacances la même villa à Saint-Georges de Didonne où il reviendra passer l’été pendant une dizaine d’années, cependant on le retrouve encore à Royan en octobre 1914. C’est une révélation pour Odilon Redon car dans ce « petit village délicieux avec sa plage intime » de Saint-Georges, il goûte pour la première fois la joie de vivre et influencé par la luminosité de la région, il renouvelle complètement sa palette, renonce brutalement à son univers en noir et blanc et devient même un coloriste épris de lumière. Il écrit « j’ai épousé la couleur, il m’est difficile de m’en passer » et il est vrai qu’à partir de ce moment ses oeuvres ont des couleurs très intenses, même si elles sont toujours nuancées et subtiles.

La lumière de Saint-Georges se traduit par un certain nombre d’oeuvres d’inspiration locale remplies de couleurs et de soleil. On note diverses peintures de fleurs, des Rochers de Vallières et des Rochers de Royan, une Colline près de Royan, des Yachts à Royan, une rue très ensoleillée et un magnifique Moulin de Saint-Georges-de-Didonne. Et toutes ces barques aux couleurs vives sur les oeuvres de l'artiste.

Mallarmé décède le 9 septembre 1898 à Valvins. "Orphée" c. 1903 – Pastel

1899

Ambroise Vollard commande l’Apocalypse de Saint-Jean qui sera la dernière grande suite lithographique du peintre. L’album est composé de douze lithographies avec frontispice. Odilon Redon y travaille une dernière fois le Noir, et évolue vers le lyrisme des couleurs et de la lumière. La galerie Duran-Ruel présente un " hommage à Odilon Redon " et autour de ses œuvres sont présentées celles des Nabis. En fait toutes les tendances néo-impressionnistes, synthétistes ou indépendantes y sont représentées.

1900

Maurice Denis peint " l’Hommage à Cézanne ", où Redon y est représenté debout devant une toile de Cézanne, entouré de Bonnard, Vuillard, Roussel, Sérusier, Mellerio et Vollard. En fait Redon y est l’aîné, le maître, l’intercesseur entre les jeunes du groupe Nabis et le révolté d’Aix. "Jeanne d'Arc"

Vollard veut publier sans y parvenir " Un coup de dés n’abolira jamais le hasard " de Mallarmé, illustré par Redon, qui était paru en mai 1897 dans la revue Cosmopolis. En fait Redon et Mallarmé ont travaillé ensemble tout l’hiver de 1897-1898 pour sortir ce recueil composé d’une série de quatre lithographie et que Vollard devait publier. Mallarmé décède le 9 septembre 1898 et Redon interrompit son travail. Les trois premières planches furent vendues en feuilles séparées et la quatrième se perdit. Une sanguine des Yeux Clos de la collection Pontremoli est exposée à Paris à la Centennale de l’Art Français (N°1281).

Exposition Odilon Redon à la galerie Duran-Ruel.

Redon voyage en Italie avec Robert de Domecy.

1901

Odilon Redon se lie d’amitié avec Gustave Fayet, originaire de la région de Béziers et issu d’une famille de riches viticulteurs. Le peintre Gustave Fayet avait décidé "d'aller voir de plus près les noirs" avec son ami Fabre, et il s'est rendu à l'atelier et y est resté. "Car tous s'y retrouvaient" : des Maurice Ravel, Pierre Bonnard, Maurice Denis, Stéphane Mallarmé de son vivant. À discuter, échanger et lire du Poe, déclamer du Baudelaire, étudier des Gauguin et jouer de la musique. Poètes, musiciens, écrivains, graveurs, peintres, "ils étaient tous artistes, dans le partage. Et le faire." "Une amitié de très grande qualité" liait les Fayet aux Redon. Et, comme Gustave a su encourager Odilon dans sa quête de couleurs et lumières au moment même où ses noirs devenaient populaires, Odilon a épaulé Gustave dans la réhabilitation monumentale de l'abbaye de Fontfroide. Et, des bouquets de fleurs que composait si bien son épouse, le peintre s'est aussi inspiré pour illuminer ses toiles.

Vuillard séjourne avec Odilon Redon à Saint-Georges de Didonne. Il exécute des peintures décoratives chez Ernest Chausson à Paris, et séjourne en Bourgogne au Château de son ami et mécène, Robert de Domecy. Le château est situé à Sermizelles dans l'Yonne. Il participe au Salon de Libre Esthétique à Bruxelles et Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts à Paris.

1902

Odilon Redon continue d'exécuter des décorations chez Robert de Domecy et chez Ernest Chausson.

L'artiste réalise dix-huit panneaux dont il n'en subsiste que seize aujourd'hui, le plus grand atteint presque 2,50m de haut, réalisés en technique mixte (pastel, huile, détrempe) et l'iconographie a été laissée à l'appréciation d'Odilon Redon.

1903

Odilon Redon est présenté par son ami d’enfance le peintre Charles Lacoste à Gabriel Frizeau. Une amitié sincère naît entre le peintre et le mécène bordelais passionné d’art et de belles lettres.

« Saint Georges de Didonne.

23 Août 1903.

Mon Cher Fabre,

Vous ne viendrez donc pas. Séverac en m’annonçant son arrivée m’en exprime du regret et je le joins au nôtre, mon Cher Ami. Fichu temps qui vous retient ainsi, maladie que toutes les eaux ne guérissent pas, morts, mariage, vendanges, et nous ne vous verrons pas ici. Séverac vient pour un bout d’audition, un accompagnement qu’il a fait rapidement pour notre jeune ami. Sa venue me fait croire que le tout sera joué.

Malgré beaucoup d’inégalité dans le ciel, on passe ici des journées sans trop de mélancolie. Quand il pleut je travaille avec délice. La bande annuelle est ici. Madame Bourges, et sa fille Sita, s’y sont ajoutées. Elles nous ont apporté de nouvelles distractions dans des jeux de soirée où elles excellent, des travestissements, avec énigmes. Les Tannery sont là, leurs enfants charmants. Bouchor (Maurice), mais dans l’instruction populaire, comme il est maintenant, je le crois assez seul.

Saint Georges est toujours paisible et familial. Quand on revient de Royan, on sent dans ses petites rues, revenir le calme d’esprit, une tranquillité qui est vraiment son caractère dominant.
Cette année, l’automobile me le gâte un peu, beaucoup. Ari s’en éloigne à bicyclette. Nous jouons au tennis presque régulièrement chaque jour.

Odilon Redon » Extrait de ses correspondances.

1904

Une salle lui est entièrement consacrée au Salon d’Automne au Petit Palais, comportant 62 œuvres. Le Musée du Luxembourg acquiert " Les Yeux Clos ". Inspiré par le modèle Alphonsine Zabé, Redon aborde dès le mois de janvier le thème du nu féminin avec Eve où le contour enveloppe la nudité du modèle. " La méditation de Bouddha ", " Portrait de Madame Frizeau ", " Fond de mer ", "Baigneuse".

1905

Il s'installe au 129, avenue de Wagram à Paris. Exécute des travaux de décoration pour son ami Robert de Domecy.

1906

Salon d’Automne de Paris.

1907

Odilon Redon, pour essayer de racheter Peyrelebade, organise une grande vente aux enchères de ses œuvres à Drouot. Exposition personnelle au Kunstzaal Reckers de Rotterdam. Voyage en Suisse pendant l'été.

1908

Odilon Redon voyage à Venise et en Italie en avril accompagné de sa femme, de son fils et d’Arthur Fontaine. Il réalise ses premiers cartons de tapisserie pour la manufacture des Gobelins à la demande de Gustave Geffroy. Il rend hommage à Bresdin au Salon d’Automne et écrit la préface du catalogue. " Vitrail " (collection Frizeau). Le Vitrail

1909

Il passe l’été à Bièvres après le décès de Juliette Dodu, la demi-sœur de sa femme. N’ayant pas pu racheter la villa de sa belle-sœur, Redon loue une belle villa, La villa Juliette où désormais, il passera les étés. À Bièvres, le peintre trouve le calme, la plénitude et recommence à peindre de grands arbres. Gustave Fayet acquiert une des dernières versions du " Char d’Apollon ", thème repris sur le panneau " Le Jour " de l’Abbaye de Fontfroide.

1910

Il décore la bibliothèque de l’Abbaye cistercienne de Fontfroide pour Gustave Fayet. L’Abbaye fût jusqu’au XVIIIème siècle le centre culturel du Languedoc puis mis à l’abandon. Arï fait son service militaire à Versailles. Redon peint de nombreux papillons comme sur le panneau " La Nuit ". Ils sont signe de métamorphoses et Redon se plait à faire éclater les chrysalides en " fleurs ailées de lumières ". Le peintre se plaît aussi à semer ses fleurs pour pouvoir ensuite composer de somptueux bouquets qu’il peindra. Redon finit les cartons de certains meubles pour la manufacture des Gobelins.

1911

Tissage des premiers modèles d’Odilon Redon.

1913

L’Armory Show présente quarante de ses œuvres au continent américain à New York (International exhibition of Modern Art), Chicago et à Boston. Le "Nu descendant un escalier" de Marcel Duchamp crée un scandale. André Mellerio publie le catalogue de son œuvre gravé et lithographié.

1914

Arï est mobilisé pour la Guerre. Hommage à l'Alsace, envahie et meurtrie : Odilon Redon qui a combattu en 1870 prend violemment parti contre l’Allemagne.

1915

Paintings by Odilon Redon au John Herron Art Institute d’Indianapolis et Second Exhibition of Contemporary French Art à la Caroll gallery de New York. Gustave Fayet et Odilon Redon se retrouvent unedernière fois au Fort Saint André de Villeneuve-lès-Avignons. Ils jouent du Schumann pour leurs fils qui étaient au front. Gustave Fayet au piano, Odilon Redon au violon. Alors, nul besoin de parler, la musique accompagne leurs échanges. Les deux amis se connaissent depuis quinze ans. Leurs enfants ont quasiment grandi ensemble. "De la famille."

1916

Odilon Redon meurt des suites d'une congestion pulmonaire, le 6 juillet à Paris. La " Vierge ", une huile sur toile est laissée inachevée sur le chevalet de l’artiste.

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